Les milieux humides (étangs, marais, marécages et tourbières) sont des écosystèmes caractérisés par un sol saturé en eau ou inondé pendant une période suffisamment longue pour influencer la nature du sol et la végétation. Leurs caractéristiques floristique, pédologique et hydrologique sont diversifiées, tout comme les fonctions écologiques et hydrologiques qui leur sont associées.
À l’échelle mondiale, la reconnaissance de ces fonctions a mené à la formulation de plusieurs politiques encadrant la conservation et la restauration des milieux humides afin qu’ils puissent rendre des services aux populations. Au Québec, en élaborant une nouvelle loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques (2017) ainsi qu’un Programme de restauration et de création de milieux humides et hydriques, le Gouvernement vise à maintenir et mettre en valeur certaines fonctions écologiques et hydrologiques bénéfiques à l’échelle des bassins versants tout en tenant compte des changements climatiques. Toutefois, est-ce que ces mesures pourront réellement améliorer la capacité des milieux humides à réduire les inondations?
Plusieurs recherches ont démontré le rôle important que peuvent jouer les milieux humides localisés en plaine inondation dans la réduction des risques d’inondations. Par exemple, les marais et marécages qui se retrouvent, en périphérie des lacs, des rivières, des fleuves et des océans emmagasinent temporairement l’eau qui provient des précipitations, de la fonte des neiges, des eaux souterraines et parfois du débordement des cours d’eau en période de crue. Cela a pour effet de limiter les augmentations des niveaux d’eau des rivières et contribuer à la réduction de la fréquence et la durée des inondations. La superficie qu’occupent les marais et marécages en zone inondable est donc importante pour réduire le risque des inondations.
Toutefois, les tourbières, qui représentent à elles seules 85% des milieux humides au Québec, ainsi que plusieurs marécages ne se retrouvent pas en zone inondable, n’ont pas les mêmes capacités à réduire les inondations. Dans la littérature scientifique, certaines tourbières sont reconnues pour rapidement se gorger d’eau alors que d’autres semblent avoir une capacité d’emmagasinement non négligeable. D’autre part, la capacité d’emmagasinement des marécages est fortement liée à la topographie ainsi qu’aux propriétés hydrauliques des dépôts où on les retrouve. Cependant, pour l’ensemble de la vallée du Saint-Laurent, là où l’on retrouve une grande proportion des inondations, il existe encore très peu d’information au sujet des environnements physiques des tourbières et des marécages qui ne sont pas situés en zone inondable.
En règle générale, jusqu’à ce que la capacité d’emmagasinement des tourbières et des marécages soit atteinte, ils limiteront les vitesses avec lesquelles l’eau se rendra vers les cours d’eau adjacents. Lorsque cette capacité d’emmagasinement sera dépassée, ils ne pourront plus limiter les vitesses d’écoulement de l’eau. Alors, ces milieux démontreront des comportements hydrologiques similaires à celui d’un réservoir qui déborde. De récentes recherches réalisées dans la vallée du Saint-Laurent ont montré que les capacités d’emmagasinement en eau des tourbières peuvent varier du simple au triple et que ces fortes variations sont liées à l’environnement physique immédiat de chacune de celles-ci.
Ainsi, en rassemblant davantage d’informations sur l’environnement physique des milieux humides ainsi que leur capacité d’emmagasinement, notre aptitude à décrire les fonctions hydrologiques qui leur sont associées ne fera que s’accentuer. En intégrant ces informations à des modèles numériques, nous serons mieux outillés à évaluer le moment et la capacité de chacun des types de milieux humides incluant les étangs, les marais, les marécages et les tourbières à réduire ou à accentuer les inondations ou à faire les deux lorsque l’on tient compte de la période de l’année.
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